Ah ! Ces vieilles maisons…
– Bonsoir, puis-je vous aider ?
L’homme, en face du vendeur, ne réagit pas immédiatement. » Peut-être « , lâcha-t-il enfin de compte. Surpris par le ton lugubre de la voix de l’étranger, le commis dit, avec peine :
– Désirez-vous acheter une arme de poing ? Ou, peut-être, seriez-vous intéressé par ce nouveau fusil de chasse ?
– Avez vous des fusils très gros calibre ?
– Évidemment! Nous venons justement d’en recevoir un modèle très récent et…
– Je l’prends, dit-il en interrompant le vendeur.
Le commis observa cet homme étrange sortir du magasin. Cet étranger, le professeur Arthur Devillion, se dirigeait en direction sud… vers la forêt.
Arthur avait acheté, il y a peu de temps, une vielle maison au cœur de la forêt. Cette demeure, acquise pour une bouchée de pain, avait une allure plutôt mystérieuse et ne correspondait à aucun des styles de construction que le professeur connaissait, ce qui était d’autant plus étrange puisque Devillion enseignait l’histoire et l’archéologie. Durant les premières semaines, il alla seulement à sa nouvelle maison lors de ses temps libres. Au début de la troisième semaine, le professeur découvrit une trappe dans le sous-sol. Il avait presque tout essayé pour l’ouvrir, en vain, lorsqu’il remarqua une inscription en latin sur le mur adjacent la trappe. La phrase, quoique écrite d’une main tremblotante, ne fut guère difficile à déchiffrer pour Devillion. Aussitôt qu’il prononça ces mots, la trappe s’ouvrit en grinçant, laissant s’échapper une odeur putride. Arthur s’engagea dans l’étroite ouverture, ce qu’il eut du mal à faire à cause de sa constitution corpulente. Descendant l’escalier en colimaçon, il remarqua une étrange lueur qui baignait dans la salle, alors qu’il n’y avait aucune lampe. Posant ses pieds sur le sol mou, Devillion aperçut, juste en avant de lui, une inscription en blanc dans la terre : » Aï melli korpulla bri ronn ty kallamigatosk « . Observant minutieusement ces lettres, Arthur eut la chair de poule… elles étaient formées d’os humains! Se détachant les yeux de ces macabres lettres, il remarqua un nuage verdâtre qui commençait à se former, à prendre substance… Pris de panique, il se mit à courir et sortit de la maison, fermement décidé à ne pas revenir sans être protection…
C’est cette journée que se remémore le professeur en marchant vers sa maison, fusil sous le bras et munitions pleines les poches. Arrivé chez lui, il pénètre prudemment à l’intérieur et se rend à pas feutrés vers la trappe. Revenu dans cette mystérieuse salle, il l’observe plus attentivement. Ignorant le message sur le sol, il remarque la présence du seul meuble de l’endroit : un autel de pierre orné de symboles semblables à ceux dessinés sur les murs. Gravé dans la pierre de l’autel, il y a la représentation d’un monstre, une sorte de crapaud à deux têtes. C’est alors qu’un brouillard commence à se former au-dessus de l’autel. Le nuage s’agrandit de plus en plus tout en devant opaque… et il prend forme. Le nuage devient une horreur semblable à celle de la gravure. La créature dégage une odeur tellement dégoûtante qu’Arthur à du mal à ne pas vomir… la même que celle qu’il a sentie lors de l’ouverture de la trappe. Pris de panique, le professeur fait feu sur l’apparition, vidant et rechargeant son fusil. Mais, ces coups de feu ne faisait qu’augmenter la colère du monstre. Avant de perdre connaissance, le professeur prend finalement conscience de la signification de la mystérieuse phrase sur le sol : » À toi, Kallamigatosk, je cède ce corps… »
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J-C, Peter et la vis !
» Bienvenue au Grand Prix de Monaco… Ici J-C Skylord, votre commentateur à Télé-Éternité, la seule station qui voit tout, entend tout. Il ne reste que quelques instants avant le départ de la course… Les spectateurs sont aussi agités que les pilotes… Croyez-moi, mesdames et messieurs, c’est tout un spectacle que nous aurons aujour’hui… Eh oui! Les moteurs grondent de plus en plus… (Petite pause publicitaire… Hé! J-C est très demandé !!!) Quel début de course, mesdames, messieurs… Le numéro 7 a fait un départ fulgurant laissant le 31 loin derrière lui… Mais, que se passe-t-il au troisième virage ? Oh ! Mon Père ! le 15 vient d’accrocher un autre bolide en tentant de le dépasser… L’auto a perdu une roue arrière et elle s’est mise à faire des tonneaux… Oh ! non, il va frapper le mur de béton… Bang ! Le pilote est éjecté du bolide et fait un vol plané… Allons voir ce que notre malheureux pilote pense à cet instant critique : » Maman ! « . Allons-y pour un flash-back… »
» Papa, papa… est-ce que je peux venir ?
– Seulement si tu promets d’être sage, répondit le père de l’enfant.
– Promis !
Une demi-heure plus tard, dans un garage près de la piste d’Indianapolis, alors que son père préparait une voiture de course pour la saison 79, un des deux autres mécaniciens demanda à l’enfant :
– Alors, Peter, veux-tu être comme ton père quand tu vas être plus grand ?
– Non, m’sieur, j’veux être un pilote !
Pourquoi pas ! répondit l’autre mécanicien, ah, ah, ah…
* *
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Voici les derniers résultats des temps pour la classification du Grand Prix de demain : en premier vient le numéro 7, conduit par Alphonso Bolicardi, ensuite le 31, piloté par nul autre que Marcel Bertis. En troisième position, il y a un nouveau venu au Grand Prix de Monaco, c’est Peter Anderson sur la Ferrari numéro 15… Écoutons ce qu’il dit de sa performance d’aujourd’hui : » Dans l’ensemble, je suis assez content de mon temps, mais j’aurais aimé avoir pu profiter de la puissance de mon moteur. Malheureusement, je ne connaissais pas assez la piste, alors j’ai dû ralentir ma vitesse. Je désire souligner que je ne serais pas ici si mon père, décédé en 96, ne m’avait pas encouragé à poursuivre mon rêve et je crois que, pendant ces deux dernières années, j’ai atteint mon but avec l’aide de mon père qui me surveillait de l’au-delà… » Soudainement, il porta une main à son coup…
* *
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– Docteur, est-ce qu’il va s’en tirer ?
– Il est déjà trop tard, répondit le docteur. Son cou a plié en deux lorsqu’il a frappé le sol…
Cinq jours plus tard, dans une vieille bâtisse décorée de peintures et de sculptures de gens très connus a Télé-Éternité, une femme parmi tant d’autre se retrouva penchée au-dessus d’une longue boîte noire et dit à voix basse : » Quand je pense qu’il est mort à cause d’une vis mal serrée… »
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